
Dans un environnement digital où l’optimisation est souvent érigée en dogme, les marques premium peuvent faire face à une tension structurelle.
Comment continuer à performer sans sacrifier ce qui les rend désirables ? C’est précisément l’une des questions au cœur de l’événement E-Commerce Sessions de mai 2026.
E-Commerce Sessions, c’est une journée de talks pensée pour les marchands, par les marchands. Pour cette édition de mai 2026, ce sont 5 prises de parole concrètes qui ont eu lieu, portées par des décideurs qui font face aux mêmes enjeux que leurs pairs dans la salle.
Pour traiter ce sujet, 3 marques premium, à l’univers singulier, ont pris la parole :
- The Frankie Shop, avec Robin Caillaud (Chief Digital & Marketing Officer), référence du vestiaire contemporain distribuée principalement sur leur site internet, dans leurs 4 boutiques physiques ainsi que dans un réseau volontairement restreint de boutiques partout dans le monde
- Roseanna, avec Béatrice Lacombe (Directrice E-Commerce, Digital et Retail), une marque qui conçoit la mode comme un espace de liberté et de création
- Maison Francis Kurkdjian, avec Arnaud Voulot (Vice President Global E-Commerce), maison de parfumerie d’exception portée par le savoir-faire et le savoir-vivre à la française
Des univers distincts, mais une problématique commune : dans un paysage E-Commerce de plus en plus standardisé, comment préserver ce qui fait la singularité d’une marque premium ?

La désirabilité comme levier de performance, pas son opposé
À force de vouloir tout optimiser, une marque peut perdre ce qui la distingue. C’est le constat de départ partagé sur scène. Dans une logique de performance permanente, les arbitrages s’accumulent et la singularité s’érode.
Pourtant, désirabilité et performance ne sont pas des forces opposées. Les marques premium attirent naturellement, fidélisent durablement et résistent mieux à la pression promotionnelle. En ce sens, préserver son image n’est pas un luxe, cela peut-être une décision business à part entière.
Les maisons premium se distinguent dans un paysage E-Commerce, de plus en plus standardisé, par leur capacité à maintenir une émotion, une forme de rareté et une cohérence. Des éléments qui ne s’affichent pas toujours dans un tableau de bord, mais qui construisent une valeur durable.
Comme le résume Robin Caillaud (Chief Digital & Marketing Officer chez The Frankie Shop) : « La désirabilité peut perdurer dans le temps. » Nous ajouterons que c’est à condition de ne pas la sacrifier à chaque arbitrage de court terme…
Distribution, présence digitale et contenu : la sélectivité comme choix stratégique
La question de la présence digitale est centrale. Faut-il être partout pour performer, ou au contraire maîtriser chaque point de contact pour préserver son image ?
Quels canaux choisir pour une marque premium ?
The Frankie Shop illustre une approche construite sur la sélectivité dès l’origine, avec :
- un réseau de distribution resserré
- une présence dans de prestigieux magasins de luxe
- un pari précoce sur l’E-Commerce à une époque où cela restait inhabituel pour ce type de positionnement
Sur les réseaux sociaux, la marque a adopté une logique de média plutôt que de marque traditionnelle. Elle construit une audience, crée de l’attention, sans sur-solliciter.
Cette approche se traduit également dans le séquençage des canaux : Instagram est utilisé comme un espace de découverte, tandis que les pages produit sont considérées comme des espaces de conversion.
Comment incarner son univers de marque sur son site pour faire la différence ?
Chez The Frankie Shop, le choix a été fait de limiter le personal branding de la fondatrice et de ne pas recourir à des égéries traditionnelles. Ce sont les clients qui incarnent la marque, à travers l’UGC (User Generated Content) et le styling. Une singularité construite progressivement, qui repose sur le produit, la cohérence et une certaine retenue.
D’autre part, dans un écosystème où Shopify s’est imposé comme standard, les expériences E-Commerce tendent naturellement à se rapprocher. La différenciation se joue alors dans les détails : typographie, couleurs, ton éditorial. Chez Roseanna, c’est précisément à ce niveau que se construit la singularité visuelle et éditoriale de la marque.

Chez The Frankie Shop, le site prolonge directement l‘ADN de la marque : design épuré, menu simple, photographies sur fond uni. Une ligne cohérente avec ce que la marque affirme depuis ses débuts.

Comment rendre un produit désirable en ligne grâce au storytelling ?
Le défi est peut-être le plus complexe pour Maison Francis Kurkdjian. Comment créer de la désirabilité autour d’un parfum en ligne, sans pouvoir le faire sentir ?
L’univers, l’émotion et le récit deviennent alors les principaux vecteurs. Dans la parfumerie, le produit repose sur la projection, l’identité et l’expérience. Autant de dimensions que le digital doit réussir à transmettre.
La maison s’est appuyée sur 3 piliers pour y répondre :
- valoriser le produit
- soigner l’image de marque
- élever le niveau de service
Personnalisation, CRM et conversationnel : jusqu’où aller sans trahir la marque ?
Dans un contexte où les outils CRM (Customer Relationship Management) et les capacités de personnalisation se multiplient, les marques font face à une question délicate : jusqu’où personnaliser l’expérience client sans en altérer le caractère exclusif propre du premium ?
Hyper-personnalisation ou semi-personnalisation : où en sont les marques ?
Le sujet a cristallisé des points de vue nuancés lors des E-Commerce Sessions. D’un côté, Adrien Naeem (Co-Fondateur du Café de l’E-Commerce et Co-Animateur des talks) posait le cadre : « La personnalisation est déjà has-been, on entre vraiment dans une ère d’hyper-personnalisation et on est en train d’aller dans une ère d’individualisation. »
De l’autre, Arnaud Voulot (Vice President Global E-Commerce chez Maison Francis Kurkdjian) apportait une perspective plus mesurée : « Avant de passer à l’hyper-personnalisation, qui est un vrai défi et qui demande parfois énormément de moyens, il faut peut-être faire de la semi-personnalisation. »
Un prérequis s’impose avant tout : bien connaître son client. Or,, ce n’est pas toujours le cas, et c’est un enjeu majeur pour les directeurs CRM.
Maison Francis Kurkdjian illustre bien cette réalité puisque 1/3 des achats de parfums sont réalisés pour en faire cadeau. Le titulaire du compte client n’est donc pas nécessairement l’utilisateur final du produit. La semi-personnalisation s’avère alors plus pertinente et rentable, face à des investissements lourds dans une hyper-personnalisation dont le ROI (Retour sur Investissement) reste difficile à mesurer.

WhatsApp comme canal de relation client : comment ça fonctionne ?
Pour certaines marques, WhatsApp est utilisé comme un canal de relation client.
Chez Roseanna, les conseillers échangent au quotidien avec leurs meilleurs clients : conseils, suivi, recommandations. Une relation privilégiée, presque amicale, qui prolonge en digital l’expérience d’une boutique physique haut de gamme.
Pour aller plus loin, Roseanna travaille avec WAX sur le volet conversationnel et service client, en déployant des flows automatiques pensés dans une logique de conseil plutôt que d’intrusion. Suivi de commande, relances de paniers abandonnés… les messages envoyés sont adaptés au contexte et à la question du client. L’objectif est double car il est à la fois de répondre avec précision aux questionnements, mais aussi d’accompagner vers l’achat sans forcer la main.
La marque explore également l’usage de messages audio sur WhatsApp, pour aller vers un clienteling encore plus conversationnel et humain.
IA et arbitrages UX : comment les marques utilisent ces leviers sans diluer leur identité
L’intelligence artificielle (IA) et l’optimisation de l’expérience utilisateur sont aujourd’hui des réalités concrètes pour la quasi-totalité des équipes E-Commerce.
Comment les marques premium utilisent-elles l’IA au quotidien ?
La question n’est plus tant de savoir si l’Intelligence Artificielle doit être adoptée, mais plutôt comment l’intégrer sans compromettre ce qui fait la singularité d’une marque ?
Pour The Frankie Shop et Roseanna, l’IA s’est d’abord imposée là où elle était déjà présente : intégrée nativement dans les outils E-Commerce du quotidien (Shopify notamment). Une adoption progressive, pragmatique, guidée par l’identification de cas d’usage concrets avant toute généralisation.

Chez ces 2 marchands, l’IA est principalement mobilisée pour soulager les tâches chronophages et alléger les équipes.
Chez The Frankie Shop, les usages couvrent le service client (notamment avec « Achille », un agent qu’ils ont développé dans Gorgias) mais aussi le copywriting, l’amélioration des flux produit et les choix publicitaires. Chez Roseanna, elle intervient sur l’enrichissement produit pour accélérer le time-to-market, la rédaction et l’exploration créative éditoriale.
Une limite est cependant clairement posée : l’IA n’intervient pour eux pas sur la créativité. C’est précisément là que la proximité avec les clients se joue, et que la voix de la marque doit rester pleinement humaine.
CRO et identité de marque : comment trouver le bon équilibre ?
L’optimisation de la conversion soulève une tension réelle pour les marques : comment améliorer les performances sans altérer l’expérience et l’image ?
Les exigences du studio créatif et les contraintes CRO (Conversion Rate Optimization) ne s’opposent pas nécessairement, mais elles demandent un arbitrage permanent.
L’AB testing apparaît ici comme un outil précieux, non pas pour imposer la performance à tout prix, mais pour objectiver certaines décisions UX et trancher sur des bases factuelles plutôt qu’intuitives.
Un moyen de préserver l’identité de marque tout en continuant à améliorer l’expérience client et à limiter les retours.
Finalement, et si la maîtrise était la vraie stratégie de croissance ?
Ce que partagent The Frankie Shop, Roseanna et Maison Francis Kurkdjian, au-delà de leurs univers respectifs, c’est une même vision : l’optimisation permanente peut avoir un coût, celui de la banalisation.
Dans un paysage E-Commerce de plus en plus standardisé, la désirabilité n’est pas un indicateur secondaire. Elle pourrait bien être un actif business à part entière, et un levier de performance durable. Le produit, le styling et la cohérence d’ensemble semblent en être les fondations, bien avant les mécaniques d’acquisition ou les logiques de volume.
Ce que ces marques dessinent, c’est une approche où la maîtrise prime sur la croissance à tout prix. Où l’émotion, la rareté et la cohérence deviennent des éléments différenciants concrets, face à un environnement qui tend à uniformiser les expériences.
Un équilibre difficile à trouver, mais décisif entre performance E-Commerce, rentabilité, acquisition et préservation de ce qui rend une marque véritablement désirable.
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Chez Dn’D, nous accompagnons les marques premium dans la construction d’une expérience E-Commerce à la hauteur de leur image. Que ce soit sur la stratégie digitale, l’optimisation de la conversion ou la relation client, nos équipes sont disponibles pour échanger sur vos problématiques.
FAQ – Performance E-Commerce vs désirabilité
Plusieurs approches semblent pertinentes : une distribution sélective, une présence digitale maîtrisée, un storytelling fort et une cohérence d’ensemble sur tous les points de contact. L’enjeu est de trouver le bon équilibre entre optimisation de la performance et préservation de ce qui rend la marque désirable.
L’hyper-personnalisation vise à adapter l’expérience client de manière très granulaire, en temps réel, à partir d’une connaissance fine du client. La semi-personnalisation adopte une approche plus segmentée, moins gourmande en moyens, mais potentiellement plus adaptée à des marques dont la base client est complexe à qualifier.
WhatsApp peut être utilisé comme un canal de clienteling, à condition d’en maîtriser les codes. L’enjeu est de conserver un ton adapté à l’image de la marque, de privilégier le conseil à l’intrusion, et de construire une relation de proximité avec les meilleurs clients. Des outils comme WAX permettent aujourd’hui de structurer ce canal avec des flows automatiques pensés dans une logique de service.
L’IA peut être mobilisée sur des tâches à forte valeur opérationnelle : service client, enrichissement produit, copywriting, amélioration des flux. En revanche, les marques premium semblent s’accorder sur l’importance de préserver une intervention humaine sur tout ce qui touche à l’inspirationnel et aux campagnes éditoriales, là où la voix de la marque doit rester intacte.